Welcome to The Rotchly 360 Podcast!
Oct. 3, 2026

WILSON ISIDOR : QUAND LE FOOTBALL RENCONTRE L’HISTOIRE : MA RÉPONSE À OMAR FERNÁNDEZ ET JOSÉ DESCHAMPS

WILSON ISIDOR : QUAND LE FOOTBALL RENCONTRE L’HISTOIRE : MA RÉPONSE À OMAR FERNÁNDEZ ET JOSÉ DESCHAMPS

LETTRE OUVERTE

À M. Omar Fernández et à M. José Deschamps

Messieurs,

À la suite de la victoire 4-1 d’Haïti face à la République dominicaine, les propos de Wilson Isidor ont provoqué une polémique qui dépasse aujourd’hui le cadre du football.

Il faut d’abord rappeler une évidence : Haïti et la République dominicaine sont deux États souverains. Leurs territoires, leurs institutions, leurs identités et leurs frontières doivent être respectés. Sur ce point, aucune ambiguïté n’est nécessaire.

Mais respecter la souveraineté de chacun ne signifie pas oublier l’Histoire.

Nous partageons une même île et nous constituons deux nations souveraines. Ces deux réalités ne se contredisent pas.

La division politique de l’île est le résultat d’une longue évolution historique. Le traité de Ryswick de 1697 marque une étape majeure dans la reconnaissance de la présence française dans la partie occidentale de l’île. En 1777, le traité d’Aranjuez précisa la frontière entre les possessions française et espagnole. Puis vint 1804 et la naissance d’Haïti indépendant après la Révolution haïtienne. Cette chronologie est documentée dans les archives historiques, notamment celles de la Library of Congress et de l’Archivo Histórico Nacional espagnol.

Rappeler ces faits ne remet nullement en cause la République dominicaine. Cela rappelle simplement que nos frontières politiques ont une histoire, tandis que notre île constitue une réalité géographique commune.

Concernant Wilson Isidor, ses propos ont été prononcés dans l’euphorie d’une victoire sportive. Ils peuvent être critiqués et interprétés de différentes manières. Mais les paroles spontanées d’un footballeur ne constituent ni une déclaration diplomatique du gouvernement haïtien ni, à elles seules, une revendication territoriale officielle.

Lorsque Wilson dit « Haïti est ici », on peut aussi comprendre une réalité beaucoup plus simple : Haïti est là par ses joueurs, son maillot, son drapeau, ses supporters et la performance de ses Grenadiers.

L’Ambassade d’Haïti en République dominicaine a d’ailleurs réaffirmé publiquement son respect pour la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République dominicaine. Cette précision mérite également d’être entendue.

Monsieur Fernández, vous avez rappelé qu’Haïti est Haïti et que la République dominicaine est la République dominicaine. Sur ce principe, nous pouvons être d’accord. Mais cette affirmation n’efface pas une autre vérité : une même île peut parfaitement porter deux États et deux souverainetés.

Monsieur Deschamps, vous avez annoncé votre intention de saisir les instances du football international. C’est votre droit. Il appartiendra alors aux institutions compétentes de déterminer si une règle précise a été violée. Cette décision ne devrait appartenir ni aux réseaux sociaux ni aux passions nationales.

Il faut surtout éviter de transformer quelques secondes d’euphorie sportive en crise historique ou diplomatique.

Wilson Isidor était un footballeur célébrant la victoire de son pays. Il n’était ni un diplomate négociant une frontière, ni un chef d’État redessinant une carte.

Aucune célébration sportive ne déplace une frontière internationale.

Nous pouvons être adversaires pendant quatre-vingt-dix minutes sans devenir ennemis après le coup de sifflet final. Nous pouvons célébrer Haïti sans nier la République dominicaine, comme la République dominicaine peut défendre sa souveraineté sans considérer chaque manifestation de fierté haïtienne comme une menace.

Une île. Deux États. Deux souverainetés. Deux peuples qui méritent le respect.

Respect à la République d’Haïti. Respect à la République dominicaine. Respect à l’Histoire. Et félicitations à nos Grenadiers pour leur victoire.

Rotchly Desgranges

Journaliste sportif accrédité — N° US2397

Membre de la National Writers Union (NWU)

3 octobre 2026